À Saint-Petersbourg, un jeune homme à la vie aussi vide que sa faconde est vive, rentre chez lui de nuit et fait la rencontre d’une jeune fille éplorée. La conversation s’engage, le jeune homme tombe sous le charme, la jeune fille se prend au jeu de la discussion tant le personnage est drôle, sincère et attachant dans son détachement vis-à-vis du monde Mais elle prévient d’emblée : si elle recherche désespérément un ami à qui se confier il ne pourra être question d’amour, car son cœur est déjà pris.
Longue nouvelle – ou court roman, une centaine de pages – Les Nuits blanches constitue une petite pépite dans l’œuvre de Dostoïevski. À travers une suite de nuits de rencontre et de conversation entre les deux personnages se trouvent condensés les nœuds centraux de la passion amoureuse. Il l’aime, elle en aime un autre; il ne peut se déclarer de crainte d’être rejeté, elle s’est engagée auprès de l’autre et souffre dans l’attente d’une réponse qui n’arrive pas (et que notre narrateur se trouve chargé d’obtenir!)
La parole du narrateur imprime rythme, expressivité et émotion. Il s’exclame, il s’épanche, il compatit. Il analyse avec une lucidité désarmante son propre désarroi et s’échine à son propre malheur en cherchant à satisfaire les désirs de Natienska. La voix de celle-ci s’entremêle d’ailleurs étroitement à la sienne dans sa narration, sa parole devenant finalement le seul lieu où advient leur union. Le tout avec parfois un humour doux amer qui recouvre à peine une ironie cruelle, voire désespérée.
Ainsi, les deux personnages se confient mutuellement sur l’étroitesse et la monotonie de leur existence, et sur la manière dont l’amour y apparaît comme la seule fenêtre pouvant ouvrir sur le monde.et donner sens, et substance, à la vie Mais selon des modalités radicalement différentes, le bonheur de l’un impliquant le malheur de l’autre. Et l’on souffre avec ce narrateur qui sert de confident à celle qu’il apprend à aimer à mesure qu’elle lui découvre le caractère absolu de l’amour qu’elle voue malheureusement à un autre.
Ou les affres de la friendzone, en somme, face à la puissance du premier amour!

