Ce cours propose une introduction à l’enseignement des Humanités Lettres en DSAA. Il s’inscrit dans le cadre de la refonte du diplôme et de son nouveau référentiel de 2025, en le mettant en perspective de celui de 2012. Surtout, il amorce un travail littéraire et critique autour de la nouvelle de Borges La Bibliothèque de Babel, permettant de faire le point sur certaines connaissances et compétences des étudiants (compréhension d’un texte, discussion autour d’enjeux philosophiques et littéraires, analyse d’images) et de produire quelques textes: argumentatifs (réflexion autour des enjeux de la nouvelle), techniques (cartel descriptif autour d’une illustration personnelle) et narratifs (écriture d’une très courte nouvelle).
L’ensemble de ces travaux prend la forme d’une production de synthèse dont on peut voir le résultat dans la section production des étudiants du site, et plus particulièrement:
Ce cours suit le plan suivant:
- Babil et Babel: Les Humanités Lettres en DSAA. Présentation de la discipline via le référentiel; mise en perspective avec le référentiel de 2012; présentation des compétences évaluées avec la réforme du DSAA; perspectives posées pour l’année.
- Borges: La Bibliothèque de Babel. Lecture et réflexions
- D’autres Babel: interroger la représentation graphique de la Bibliothèque de Babel, notamment à travers celle d’Erik Desmazières
- Des représentations numériques: Jean-François Rauzier et Jonathan Basile.
- Une inspiration: La Bibliothèque universelle de Kurd Lasswitz.
- Postérité dans la culture populaire: Les Cités obscures et Le Nom de la Rose.
Ce cours peut être lu sur un autre support, sous la forme d’une page Express Adobe en suivant ce lien ou en cliquant sur l’image ci-dessous:

Humanités Lettres en DSAA (Babil et Babel)
Le(s) référentiel(s), entre trop vide et trop plein
L’enseignement des Humanités – Lettres en DSAA a évolué avec la réforme de celui-ci. Le nouveau référentiel, de février 2025, paru au Journal Officiel (ici sur Eduscol), est assez laconique quant à cet enseignement (page 16 du pdf suivant):

On peut toutefois aller regarder ce qui était proposé de plus particulier dans les précédents référentiels, notamment celui de 2012, très précis et détaillé pour les Lettres à l’inverse de celui de 2025:
Ainsi, il nous semble que la direction donnée par le nouveau référentiel vise la rédaction du mémoire, dans une perspective à la fois technique (outils d’analyse et d’expression), méthodologique (recherche documentaire) et culturelle (culture générale à élargir).
Pour ce dernier point, nous pouvons sans doute nous inspirer du précédent référentiel pour nous donner des pistes d’élargissement de la culture générale au-delà de la stricte littérature. En ce sens nous proposons de puiser dans les SHS (Sciences Humaines et Sociales: sociologie, psychologie, anthropologie…) ainsi que dans les disciplines théoriques et/ou artistiques voisines de la littérature (narratologie, communication, linguistique, études filmiques…).
Vaste programme donc, en peu d’heures, qui aboutira à une suite de choix actualisant certains enseignements pour laisser de côté l’immense champ des possibles. Mais comment faire pour que tout ceci ne confine en un vain babil, même si l’art de la parole aussi pourra constituer un centre d’intérêt pour nous? Sans doute en organisant, en mettant en perspective, en adoptant une démarche réflexive.
Et peut-être attaquer par, justement, la Bibliothèque Babel: une façon de commencer (et d’en finir?) avec la Littérature.
Bibliothèque(s) de Babel
La Bibliothèque de Babel est une nouvelle de l’écrivain argentin Borges de 1941, rééditée en 1944 (notice wikipedia ici). Réflexion sur la langue et la littérature, envisagée d’un point de vue quasi mathématiques à travers le prisme des combinatoires, cette nouvelle constitue à nos yeux, par ses thèmes, son origine, sa postérité, une porte d’entrée privilégiée sur notre enseignement des Humanités Lettres en DSAA
Consignes
Chacun lira la nouvelle et nous la reprendrons collectivement pour en vérifier la compréhension et en formuler, déjà, une réception.
Choisissez un thème ou un aspect de la nouvelle. Présentez la manière dont Borges l’aborde. Puis reformulez cela sous la forme d’une question, d’un sujet de réflexion et tentez d’y répondre avec vos connaissances et références.
Ces sujets peuvent être ceux, généraux et métaphysiques de la nouvelle (le temps, l’infini, le langage, la recherche, ordre et chaos, idéal et perfection…) ou d’autres plus anecdotiques, qui vous intéressent ou auxquels vous êtes sensibles. L’idée est que vous puissiez vous approprier la source (la nouvelle) et le questionnement (problématisation dans la formulation) afin d’y injecter, ou infuser, vos propres préoccupations, interrogations, champs d’exploration et centres d’intérêt et de création.
Par exemple: que dit cette nouvelles des besoins humains? Y a-t-il des formes géométriques privilégiées? Peut-on dire le monde à travers des combinatoires? N’y a-t-il jamais deux choses identiques? Que signifie chercher le sens de sa vie? Tout énoncé a-t-il un sens? L’homme peut-il se mesurer au divin? Qu’est-ce que voyager? etc.
Nous reprendrons ensuite vos propositions pour en discuter et ouvrir le champ des références.
Les autres Babel
Évoquer La Bibliothèque de Babel de Borges, c’est aussi poser la question de sa représentation, de sa représentativité.
Comment imaginez-vous cette bibliothèque? Par quel aspect envisagez-vous de la représenter? Réalisez une représentation, libre, de la Bibliothèque de Babel.
Ainsi, on peut observer le travail d’Erik Desmazières, graveur et membre de l’Académie des beaux-arts, qui proposa en 1976 une première illustration de la Tour de Babel, avant de consacrer à la Bibliothèque de Babel une série de 11 estampes plus de vingt ans plus tard, en 1998:













Si le dessin se montre déjà audacieux dans la composition et dans son travail sur les perspectives pour représenter la Bibliothèque de Babel, regardons à présent du côté du numérique, avec deux œuvres singulières sur ce sujet.
Et tout d’abord celle de Jean-François Rauzier, que l’on peut voir dans cette page avec d’autres créations photographiques autour du motif de la bibliothèque:

Ensuite, le projet numérique fou de Jonathan Basile: libraryofbabel.info. Celui-ci a créé un site proposant de simuler partiellement la bibliothèque dans son infinité, par un algorithme reprenant les contraintes de Borges (en les adaptant un peu à la langue anglaise, soit 26 lettres + les 3 signes de ponctuations: il s’en explique ici)

Sur ce site, on trouve donc une présentation du projet et même une extension de celui-ci du côté de l’image et de la couleur. Mais le cœur du projet demeure l’exploration de la bibliothèque, qui peut s’effectuer soit « physiquement » soit via un moteur de recherche interne. Et tout étant déjà dans la Bibliothèque, notre cours s’y trouve déjà naturellement, en plusieurs variantes:
Inspiration et postérité
Pour La Bibliothèque de Babel, Borges s’est inspiré d’une nouvelle d’un écrivain allemand, Kurd Lasswitz, de 1904: La Bibliothèque universelle:
Cette version du texte est proposée sur le site C&F éditions, qui en fournit même une version commentée servant d’amorce pour leur projet d’édition d’une autre oeuvre de Kurd Lasswitz: Sur deux planètes. Les pages ci-dessus ont été extraites de ce travail éditorial plus complet.
Quelles différences voyez-vous entre les deux versions? Qu’est-ce que cela traduit des projets littéraires de l’un et l’autre auteur?
Enfin, on retrouve la Bibliothèque de Babel directement dans des œuvres de la culture populaire, même s’il s’agit là de versions « érudites » de la culture populaire: d’une part en bande dessinée dans les Cités Obscures de Peeters et Schuiten et d’autre part dans Le Nom de la Rose (1980), roman policier médiéval du sémioticien italien Umberto Eco (L’Œuvre ouverte, Lector in fabula…), adapté en film par Jean-Jacques Annaud en 1986.















